Coronavirus : pourquoi l’épidémie va survivre au confinement

La situation est difficile pour tout le monde et une question se pose : est-ce qu’après ces quelques semaines de confinement, nous en aurons enfin fini avec cette épidémie ?

Eh bien cette réponse, elle se trouvait déjà dans le tout premier avis du comité scientifique. La réponse courte, et pas très agréable à entendre, c’est donc que non.

Même après plusieurs semaines de confinement total, nous serons loin d’en avoir terminé avec le coronavirus.

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Lorsque le comité scientifique a conseillé au gouvernement de confiner la population, ses membres se sont notamment appuyés sur des publications récentes de l’Imperial College de Londres.

Des modèles mathématiques

Leurs auteurs ont construit des modèles mathématiques.

Les mesures en place permettent de limiter l’afflux dans les hôpitaux, même si certains pourront tout de même être débordés ponctuellement.

Au bout de trois ou quatre mois, il n’y a presque plus de nouvelles infections.

On pourrait assez logiquement penser que c’est bon, l’épidémie semble vaincue, on va pouvoir fêter la fin du confinement en allant boire des verres sans Skype, on va recommencer à côtoyer des gens et s’en plaindre toute la journée.

Bref, on va reprendre le cours de nos vies normales.

Si on fait ça, voilà ce qui va très probablement se passer : l’épidémie repartira de plus belle.

Pour comprendre pourquoi, il faut parler de R0, ou, en bon français, le nombre de reproduction de base.

Nombre de reproduction de base

On a demandé à Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS, spécialisé dans la modélisation des maladies infectieuses, de nous expliquer.

Ce R0, c’est combien de personnes j’infecte au cours de la durée de mon infection.

En mars, on estimait que le R0 du SARS-CoV-2 en France se situait probablement autour de 2,5, ou en tout cas entre 2 et 3.

Le nombre de reproduction repose sur plusieurs composantes, comme par exemple le taux de transmissibilité ou la durée de l’infection.

Mais le confinement joue particulièrement sur un autre paramètre : le nombre de personnes susceptibles d’être infectées que l’on croise quotidiennement.

En réduisant cette valeur, le confinement fait chuter le nombre de reproduction et permet d’enrayer l’épidémie.

En fait, l’épidémie va à l’extinction, sur un temps qui est plus ou moins long, si ce R0 est plus petit que 1.

Si chaque personne infectée infecte moins d’une personne en moyenne, ça va finir par s’éteindre.

Au bout de quelques semaines ou mois de confinement, le virus sera toujours présent, mais il ne circulera plus de manière exponentielle et reculera avec le temps.

Mais si on lève subitement toutes les mesures de distanciation sociale, il va retrouver son R0 du début, et l’épidémie repartira.

Que faire ?

Alors, je pense que vous en conviendrez, si on doit rester confiné toute notre vie pour conserver ce R0 en dessous de 1, ça risque d’être très vite assez compliqué.

Bien entendu, on pourra toujours trouver du soutien dans la littérature, mais psychologiquement, ça n’est pas sans risque.

Bref, il va falloir trouver une autre solution, et en réalité il n’y en a pas 36 autres.

Celle que l’on considère le plus sérieusement, elle repose également sur le collectif, et c’est ce qu’on appelle l’immunité de groupe.

Plutôt que de confiner tout le monde pour que le virus ne trouve personne pour se propager, on va rendre les gens résistants au SARS-CoV-2
et les laisser vivre normalement.

Si une personne porteuse croise des individus immunisés, le virus ne pourra pas les contaminer et se propager.

Plus la proportion immunisée de la population est grande, plus le nombre de reproduction du virus diminue, jusqu’à passer en dessous de 1.

Pour le coronavirus qui circule actuellement… on estime, d’après ses capacités de transmission, que le niveau d’immunité de groupe nécessaire pour que le virus ne circule plus de manière épidémique, c’est autour d’entre 60 et 70 % de la population qui doit être immunisée.

L’immunité

Cette immunité, elle peut s’acquérir de deux manières : en se vaccinant, sachant que les chercheurs s’accordent à dire que la conception d’un vaccin pourrait prendre au moins 18 mois, ou tout simplement en contractant le virus puis en guérissant, sachant que tout le monde ne guérit pas.

Et dans les deux cas, il y a un autre souci : nous ne connaissons pas encore la durée de cette immunité.

L’immunité, on sait qu’elle existe. Elle ne semble pas être extraordinaire. Il y a beaucoup d’incertitudes encore sur ce sujet-là.

Il semblerait effectivement que cette immunité, comme pour beaucoup de coronavirus d’ailleurs, ne soit pas éternelle.

Sur les coronavirus en général, on l’a vu sur le SARS dans le passé, on va avoir une immunité qui va être sans doute relativement longue, c’est-à-dire que ce n’est pas trois jours, mais ce n’est pas non plus à vie.

On ne sait donc pas encore bien quels efforts il faudra déployer pour maintenir l’immunité de groupe.

Mais avant même d’évoquer ce sujet, il faudrait déjà trouver comment atteindre cette immunité.

Alors, il y a l’option de laisser le virus se propager.

Avec un traitement capable de soigner les malades, ce serait une piste envisageable, mais comme nous sommes encore loin d’avoir trouvé des soins efficaces, cette stratégie causerait des dizaines de milliers de morts.

Il nous reste donc les vaccins, mais on l’a dit, nous ne pourrons probablement pas en déployer avant 18 mois.

Reste donc à savoir ce que l’on fait pendant ces 18 mois pour maintenir le nombre de reproduction de ce coronavirus en dessous de 1.

Eh bien, il existe probablement plusieurs stratégies envisageables selon les objectifs que l’on se fixe.

Pour vous donner une idée, l’Imperial College est le premier à en avoir proposé un exemple.

Dans ce modèle très simplifié, après environ trois mois de confinement total, le nombre de malades du Covid-19 hospitalisés en soins intensifs devrait passer en dessous d’un seuil qui permettrait la levée du confinement.

Le nombre d’infections, et donc de cas graves, repartirait à la hausse et repasserait un autre seuil, qui déclencherait la remise en place du confinement.

Ce mécanisme se poursuivrait ainsi jusqu’à ce qu’un vaccin puisse être déployé pour construire une immunité de groupe suffisante.

Le système de santé résiste tant bien que mal, le nombre de morts évitables, faute de place dans les hôpitaux, reste le plus bas possible.

Alors, bien sûr, cette stratégie peut sembler un peu extrême, et les auteurs le disent eux-mêmes, ils ignorent toute question éthique ou économique dans leur modèle.

Mais il serait possible d’envisager d’autres stratégies plus nuancées, à une condition.

Les dépistages

En France aujourd’hui, on n’a pas vraiment les moyens de savoir où on en est dans l’épidémie, parce que les chiffres de dépistage étaient très faibles.

Dans les pays où ils ont été beaucoup plus proactifs pour dépister les cas, ils ont pu aussi, en temps réel, finalement, signaler quels étaient les quartiers où il y avait beaucoup de cas, ce qui permet, encore une fois… ce qui offre des moyens indirects de diminuer le R0.

Ça permettrait véritablement de savoir quelle proportion de la population générale, mais aussi quelle proportion des personnes de plus de 65 ans ou quelle proportion des soignants, ou en différentes sous-populations d’intérêt quelle proportion des personnes sont véritablement touchées, ce qui permettrait ensuite de mieux estimer d’autres paramètres, comme la proportion des personnes décédées ou encore la proportion des personnes qui vont être hospitalisées ou qui vont aller en réanimation.

Grâce à ces informations, on pourrait imaginer des stratégies plus subtiles.

Par exemple, décider de lever le confinement pour certaines catégories d’âge jugées plus résistantes et rouvrir les écoles et universités, tout en conservant les personnes à risque confinées chez elles.

Cela permettrait de commencer à construire une immunité de groupe en limitant les risques.

En fait, il y aurait probablement pas mal de stratégies possibles.

Une hiérarchie de priorités

Pour en choisir une, il nous restera donc à hiérarchiser nos priorités.

La crise que nous traversons a de nombreuses conséquences liées les unes aux autres et de natures différentes : sanitaires bien évidemment, mais aussi sociales, psychologiques, économiques.

Et peu importe la voie que nous emprunterons, elle impliquera des sacrifices.

Les chercheurs de l’Imperial College le disent mieux que moi.

Alors, tout ce qu’on vous dit repose bien évidemment sur des travaux scientifiques, mais la situation évolue extrêmement vite et nous ne sommes donc pas à l’abri d’une bonne ou d’une mauvaise surprise.

Il faut rester extrêmement prudent avec ces sujets.

Je ne peux donc pas vous dire quand se terminera le confinement ni ce qui se passera après.

Tout ce que je peux vous dire, c’est que nous ne sommes probablement qu’au début de cette crise et que nous n’en sortirons qu’en nous serrant les coudes, en respectant une distance de sécurité d’un mètre, bien évidemment.

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